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Pourquoi ce livre ?
Tout commence avec Néfertiti.
La fascination durable que j’éprouve
pour elle, et pour son époque. Une fascination
que je partage avec beaucoup d’autres…
Néfertiti la Belle, la Bonne, la Parfaite (le
mot « nefer » est à sens multiples…).
Néfertiti reine d’Égypte.
J’ai beaucoup lu sur elle, j’ai beaucoup
réfléchi à son propos, et malgré
toute la documentation que j’ai ingurgitée,
et toutes les théories plus ou moins crédibles
et plus ou moins justifiées qui ont fleuri
à propos de sa vie et de sa personnalité,
malgré ses portraits sculptés et les
faits qu’on connaît d’elle, cette
femme reste un mystère. Et c’est cette
« opacité », ce mystère
que j’ai eu envie de « mettre en scène
» pour mes lectrices et lecteurs. Quand je pense
à Néfertiti, c’est son beau visage
un peu triste surmonté d’une couronne
bleue qui m’apparaît immédiatement.
Celui du célébrissime buste en couleurs
conservé au musée de Berlin, qui la
montre reine et épouse adulée du pharaon
Akhénaton… Mais qui était-elle
avant ? Enfant, puis jeune fille ?
J’ai eu envie de l’imaginer à
l’âge de mes lecteurs et lectrices. À
15 ans.
Au moment où, adolescente, elle est à
la croisée des chemins…
Elle vit au palais de Malqatta, sur la rive ouest
du Nil (du côté des morts… et des
dieux !), à la cour de l’équivalent
du Roi Soleil (d’ailleurs, c’est comme
cela qu’il se fait appeler), Aménophis
III le Magnifique.
Un palais surpeuplé (de femmes en particulier,
puisque rien que le harem doit compter plus de mille
femmes) et bruyant, où le fait de pouvoir s’isoler
est un luxe. Un palais nouvellement construit, qui
reflète la puissance de Pharaon, où
l’or et l’électrum brillent partout,
où le raffinement et l’art de vivre ont
atteint des sommets, où la recherche de la
Beauté et des plaisirs est le passe-temps préféré.
Un lieu de pouvoir, aussi, où les intrigues
se nouent et se dénouent, où les ambitieux
combattent dans le secret.
Deux ou trois choses que l’on sait (ou
croit savoir) de Néfertiti, et qui servent
de squelette au récit.
Néfertiti est (très probablement, mais
sans réelle certitude), la fille d’Aÿ,
le frère de la Grande Épouse Royale
Tyi. En tant que nièce de la Reine, elle doit
avoir été élevée au moins
une bonne partie de son enfance dans l’entourage
de Pharaon, donc au palais. Elle n’est pas fille
de Roi, tout en faisant partie de la famille royale,
et étant donc l’une des plus nobles parmi
les Nobles. Elle est belle. Elle a une voix «
qui charme ». Elle est intelligente. Elle est
indépendante. Elle a de l’ambition. Elle
semble avoir été réellement amoureuse
de son mari et l’avoir «affiché»
(une rareté à l’époque).
Elle fut Grande Épouse Royale, donc la vraie
reine. Mais peut-être aussi corégent
et même roi. Elle fut divinisée de son
vivant, tout comme son mari. Elle fut sans doute l’une
des femmes les plus puissantes de toute l’histoire
de la civilisation égyptienne !
Je n’ai pas eu envie de faire parler
Néfertiti à la première personne.
D’une part, je l’avais déjà
fait, il y a plusieurs années, pour une «
autobiographie romancée », écrite
en collaboration avec mon mari, et publiée
dans la collection « Moi, Mémoires »
chez Casterman.
Mais surtout, il m’a semblé plus intéressant
de passer par l’intermédiaire d’une
« étrangère », une (relativement)
nouvelle venue au palais de Malqatta, qui présente
l’énorme avantage de tout regarder avec
une curiosité et une fraîcheur toujours
en éveil, de pouvoir tout décrire, y
compris Néfertiti, et de nous en faire profiter.
J’ai donc choisi de faire raconter l’histoire
de Néfertiti jeune fille par une « amie
».
D’en passer par une amie permet de se sentir
plus proche de cette jeune fille extraordinaire, si
loin de nous dans le temps, dans l’espace, et
dans les mœurs, qui vit une période extraordinaire,
à l’apogée de la civilisation
égyptienne. Mais aussi de la voir vivre et
réagir au quotidien, d’être à
l’écoute de ses réactions émotionnelles
et affectives.
J’ai choisi une Nubienne comme «
amie » de Néfertiti. Pourquoi ?
De nombreux enfants de rois et chefs de contrées
ou de peuplades soumises à l’Égypte
sont à cette époque élevés
au palais, dans l’école du Kep. Ils servent
de garantie pour s’assurer la tranquillité
de leurs parents, et de fer de lance de l’«
égyptianisation » de leurs peuples une
fois rentrés au pays, où ils occuperont
des postes importants dans l’administration
égyptienne. La Nubie voisine est égyptianisée
depuis fort longtemps, mais elle vient de connaître
une véritable autonomie, un âge d’or,
avec des chefs locaux qui ont créé un
véritable royaume, qui fut une grande puissance
pendant plusieurs siècles, les rois de Kerma.
J’en ai fait une descendante des vassaux de
ces rois. Une princesse de Shaât. Une (presque
!) « égale » de Néfertiti.
J’avais envie de mettre en valeur le côté
cosmopolite de la cour égyptienne, de confronter
Néfertiti et les autres courtisans avec une
étrangère (racisme et xénophobie
sont de tout temps…), et d’introduire
un peu d’« africanité » dans
mon histoire. Et puis, aussi bien Aménophis
IV que Néfertiti ont eu une affinité
particulière avec la Nubie. Aménophis
y fera son premier voyage de corégent, il y
fêtera le jubilé de son père et
y construira un de ses premiers temples à Aton.
Il songera même à y édifier sa
ville nouvelle. Néfertiti, quant à elle,
introduira à la cour la mode de la perruque
de style nubien… Et la façon de se parer
et de se vêtir n’est pas du tout anodine
à l’époque. Elle est même
hautement symbolique…
Qui est cette Nubienne ?
Hathor la Nubienne est, à l’origine,
une danseuse « professionnelle », consacrée
depuis son plus jeune âge à la déesse
Hathor (déesse de l’amour, de la beauté,
de la musique, déesse des pays lointains, et
protectrice des morts) que vénèrent
aussi les Nubiens (les Nubiens ont intégré
bon nombre de dieux égyptiens, ce qui ne les
empêche pas d’avoir gardé un vieux
fond d’animisme).
Elle a 15 ans, comme Néfertiti. Elle vit depuis
2 ans au palais d'Aménophis III. Elle est élevée
dans l’institution du Kep, l’« école
» du palais, où se côtoient enfants
de Pharaon, fils de courtisans et enfants de princes
ou de rois de pays soumis à l’Égypte
(ils servent d’otages pour s’assurer de
la tranquillité de leurs parents, et s’«
égyptianisent » en étudiant avec
l’élite égyptienne).
C’est la fille du prince de Shaât, donc
une princesse elle-même. Après la disparition
de sa mère, et le remariage de son père
avec une nouvelle femme, elle a été
envoyée en Égypte en « offrande
» à Pharaon. Sa mère était
une magicienne. Hathor a hérité de ses
pouvoirs. Elle peut entrer en transes quand elle danse,
et communiquer ainsi avec les esprits de ses grands
ancêtres.
Un admirateur de ses talents de danseuse, Aménothep
fils de Hapou (le génial architecte et chef
des travaux de Pharaon) lui a appris à écrire
le hiératique.
Grâce à cette nouvelle science (exceptionnelle
pour les filles !), Hathor peut correspondre avec
son jeune frère Pa-Isty resté au pays,
lui narrer sa vie au palais de Malqatta, lui présenter
Néfertiti, qui la fascine, et avec qui elle
va partager de plus en plus d’événements
et de secrets…
Voilà, j’avais déjà un
début de roman… Mais qu’il soit
purement historique ne me suffisait pas.
J’avais envie à la fois de faire raconter
l’histoire de la jeune Néfertiti par
la jeune Hathor, mais aussi de garder un pied dans
la réalité d’aujourd’hui,
de « mettre en scène » cette incroyable
fascination que Néfertiti exerce toujours sur
nous, et de donner un petit aperçu
de ce qu’on sait ou croit savoir d’elle…
De mêler le présent et le passé,
et même plus, de « tisser des liens »
entre passé et présent, comme cela peut
se produire, grâce à notre imagination,
dans notre vie de tous les jours…
Bref, il me fallait en plus, une héroïne
d’aujourd’hui, qui partage ma passion
pour Néfertiti. Ainsi est née Cybèle
Payet… et ses aventures…
Cybèle a 15 ans, tout comme Néfertiti
et son amie Hathor. C’est une vraie passionnée
d’Égypte, une fan inconditionnelle de
Néfertiti depuis qu’elle est gamine.
Elle connaît tout sur elle et a même monté
un site en son honneur. Grâce à ses connaissances,
elle vient de gagner le deuxième prix à
un concours inter-lycées sponsorisé
par un fabricant de matériel numérique,
intitulé « À la recherche de Néfertiti
». Son prix : la participation à des
fouilles dans une île en Nubie, l’île
de Saï, où se trouvent des ruines d’une
ancienne colonie égyptienne du Nouvel Empire.
Elle débarque là à l’occasion
des vacances d’hiver, et découvre l’équipe
d’archéologues français qui travaillent
sur le site. Bérénice Davan est la membre
« vedette » de l’équipe.
C’est une jeune égyptologue française
spécialisée dans tout ce qui a trait
à la beauté au Nouvel Empire. C’est
elle qui est chargée de « coacher »
Cybèle.
Hasard ou non, Bérénice est comme Cybèle,
une fan de Néfertiti… Hasard ou non,
Cybèle permet aux archéologues de faire
une découverte exceptionnelle : la tombe oubliée
d’un contemporain d’Akhenaton et de Néfertiti,
un dénommé Pa-Isty. Ils trouvent dans
un coffre en or, des rouleaux de papyrus vieux de
trois mille cinq cents ans. Ce sont des lettres écrites
par une Nubienne dénommée Hathor, qui
vécut au palais de Malqatta, en l’an
27 du règne d’Aménophis III.
Ce pourrait être une découverte révolutionnaire
dans le petit monde des égyptologues parce
que la jeune Nubienne semble avoir été
proche de la célèbre Néfertiti.
C’est l’occasion d’en apprendre
plus sur la future reine d’Égypte, et
de vérifier certaines théories à
son sujet à propos desquelles les spécialistes
se disputent férocement. Toute l’équipe
va se passionner pour les lettres — et la vie
— d’Hathor, et ce qu’on y découvre
également sur Néfertiti. Surtout, bien
évidemment, les « fidèles »
de longue date de la reine, Cybèle et Bérénice.
Cybèle, qui nous raconte dans le détail
son expérience, va nous présenter ces
lettres chronologiquement, au fur et à mesure
de la traduction qui en est faite, émaillée
de ses réflexions ou de celle des archéologues.
Au fil du temps, elle va devenir de plus en plus obsédée
par Hathor et Néfertiti, découvrir dans
sa vie et dans les gens qui l’entourent, notamment
les Nubiens d’aujourd’hui, de plus en
plus de résonances avec le passé…
Et peut-être même rencontrer l’amour,
tout comme Hathor et Néfertiti…
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